À LIRE | Tout l’univers dans un atome

Je vous fait part d’une trouvaille, un essai dont le titre a retenu mon attention !

Évidemment, un livre écrit par Sa Sainteté le dalaï-lama ne peut jamais nous laisser insensible : il est important de promouvoir également la vision des sages de ce monde.

La fiche bibliographique de l’éditeur saura vous mettre sur la piste de réflexion en nous invitant candidement à un dialogue entre la science et le bouddhisme. Je ne peux que vous souhaiter bonne lecture !

En parralèle aux lectures, je continue à remplir mes carnets de notes. Depuis janvier 2007, j’en suis à mon quatrième carnet de plus de 200 pages… remplis à craquer ! Je travaille dans le cahier numéro 41, aujourd’hui – car il y a bien des annnées que je besogne en solitaire, à travers mes contrats de consultation aussi, pour gagner ma croûte !

Je tente de scénariser un roman, d’un tout autre ordre. J’estime qu’il y a de deux à trois ans de travail devant moi pour atteindre les objectifs que je me fixe. J’ai failli vendre la mèche au bas de ce billet, mais je me suis ravisé. C’est un thème tout à fait inédit, n’ayant jamais été abordé et pour le moment je crois au pouvoir de la discrétion et du secret !

À part ces quelques amies et amies de mon entourage immédiat, bien peu de personnes pourraient imaginer vers quoi je me dirige, un univers bien différent de ce qui apparaît dans le blogue univers zéro un ! Il faut se garder des jardins secrets…

Plomberie cosmologique ?

Version 2 : révisée le 12 mai 2007

 1. Rappel…

Le blogue univers zéro un a été jusqu’à ce jour un lieu de partage des carnets de notes et des recherches personnelles de l’auteur, et non un carnet quotidien visant à livrer uniquement de courtes impressions. Au lieu de garder ses notes pour lui, l’auteur les diffuse selon son humeur et sa disponibilité; il est occupé aussi à bien d’autres affaires…

Jusqu’à date, la cosmologie a été abordée sous son angle scientifique, afin de cerner les grandes questions théoriques, les enjeux cruciaux et les grands débats de fond en cours. Toutes ces perspectives contribuent à l’évolution de notre conception du cosmos, que se soit sur le plan individuel ou collectif. Même si la cosmologie scientifique bénéficie de nouvelles avancées périodiquement, ce premier cycle de lectures sur ce thème doit être considéré comme clos provisoirement. Certains articles seront révisés pendant la prochaine année, ainsi que les renvois associés dans la bibliothèque de signets. Considérez que certaines perspectives de la cosmologie scientifique n’ont pas été abordées; d’autres propositions de lecture sont en réserve… En parcourant le pavé à droite du blogue, vous pourrez retrouver, dans la section Thèmes de rédaction, une variété d’articles traitant des des question, enjeux et débats les plus intéressants, en plus de pouvoir accéder aux renvois contenus dans les articles et dans la bibliothèque partagée de signets.

Par exemple, la série récente d’articles sur la topologie cosmique, traitant des enjeux principaux dans ce domaines, tels que vus par Jean-Pierre Luminet, a été aussi inspirée des oeuvres de Salvador Dali, a permis de parcourir les premiers pas d’une transition du discours scientifique vers le discours artistique, histoire d’élargir les perspectives.

De nouvelles pistes s’ouvriront en abordant de nouveaux thèmes.

La cosmologie : des humains et des dieux, aussi !

La cosmologie scientifique n’est pas la seule perspective permettant d’interpréter les structures de l’Univers dans lequel nous habitons. Nous pouvons l’appréhender sous l’angle de la cosmologie symbolique. Les nombreuses théories cosmologiques, qu’elles soient d’ordre scientifique ou symbolique, s’inscrivent en quelque dans une vision plus large, anthropologiquement parlant : les systèmes de représentations de l’Univers.

La cosmologie est doc un point un point de vue, un concept, une vision du monde  La cosmologie scientifique repose sur des observations instrumentales et sur des calculs mathématiques, tandis que la cosmologie symbolique fait appel à notre imagination et à notre capacité d’inventer des mythes et des rites.

Nos comportements quotidiens nous le rappellent : devant ce grand mystère du cosmos, ils sont conditionnés par une grande variété de systèmes de représentations auxquels nous nous référons. Ne serait-ce qu’en acceptant de se rendre à un observatoire pour regarder les étoiles à travers une lunette astronomique ou en choisissant à un autre moment de se rendre dans un oratoire ou un temple pour allumer un lampion ou un bâton d’encens, pour implorer ou honorer ces divinités qui nous sont inconnues et qui n’existent que le temps que nous y croyons, nos comportements varient en fonction de notre perception du moment; on pourrait croire qu’ils sont orientés, à partir du canal d’observation qui nous est particulier, les humains : notre conscience cosmologique.

2. Premier exemple : le cerveau, la machine à créer nos expériences de l’Univers

Cerveau mystiqueCette conscience cosmologique peut par exemple nous conduire à des expériences qui ne s’inscrivent pas dans le monde rationnel où sont nécessaires les images, les représentations précises de phénomènes physiques ou les preuves mathématiques. Pour certains, ce serait se permettre de rentrer au vestibule de l’irrationnel ou de l’émotionnel simplement dit. C’est comme si on s’adresssait alors à notre cerveau mystique - pour paraphraser le titre d’un documentaire exceptionnel de l’ONF. Le cerveau nous conduirait alors sur un chemin étrange, né de notre besoin d’une expérience intérieure de l’Univers, ne reposant pas seulement sur notre raison mais aussi sur nos émotions. Que ce soit l’angoisse devant le vide sidéral ou l’émerveillement devant les splendeurs de la nature, il est impossible d’y demeurer insensible.

Ouvrez les robinets de votre douche, enclenchez le clapet dirigeant l’eau vers le pommeau et sentez que l’eau, ce coktail de molécules d’oxygène et d’hydrogène – dans une perspective scientifique – peut aussi être aussi perçue comme une espèce de bénédiction du ciel, un privilège et un rituel d’ablution quotidien vous dépouillant de vos impuretés. Voilà que nous nous retrouvons maintenant du côté de l’Univers symbolique, Non seulement serions-nous en présence d’un élément vital pour le corps et pour la vie, mais aussi d’un élément vital dans le monde symbolique, intégré à plusieurs mythes et rites.

Donc, on peut aborder et apprécier autant les vertus physiques que ses vertus symboliques de l’eau; cet élément du cosmos prend donc un sens différent selon l’angle dans lequel nous nous situons pour en goûter les vertus ! L’eau n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. On peu penser au bestaire des constellations, aux forces attribuées aux planètes et aux étoiles… la liste peut s’allonger, mais nous demeurons toujours dans le domaine de la cosmologie.

3. Pour un élargissement de la cosmologie

En adoptant une définition élargie, la cosmologie, dans les mots d’Aristide Quillet, serait « l’étude des lois de l’Univers ». Mais, dans un souci de précision, on pourrait considérer également que la cosmologie est aussi une métaphysique du monde, qui tenterait d’établir des fondements philosophiques à ces grandes lois. Quand nous désirons non seulement comprendre les lois de l’Univers, mais aussi ses origines, il est alors possible de parler de cosmogonie, qui pourrait aussi bien désigner un système «irrationnel (une vision mythologique)» (sic) qu’un système rationnel, scientifique.

Cette définition a pour conséquence d’expédier aussi les théories scientifiques des origines de l’Univers dans le champ de la métaphysique : tout phénomène non démontré scientifiquement, i.e. expérimentalement et hors de tout doute, demeurerait ainsi dans ce champ. On voit déjà ici une levée de boucliers, comme si les scientifiques étaient les uniques détenteurs du privilège d’établir le fondement des lois de l’Univers ! En parcourant les différents articles de ce blogue, vous pourrez pourtant constater que maintes propositions scientifiques sont indémontrables expérimentalement, que ce soit la topologie cosmique ou la théorie des cordes. Donc, sans prendre parti, et croyant fermement que les astrophysiciens font tout en leur pouvoir pour que leurs théories soient vérifiables, ne serait-il pas préférable dès lors de qualifier la cosmologie de deux épithètes : scientifique et symbolique?

Pourtant, les frontières entre la vision scientifique et la vision symbolique du cosmos sont parfois perméables, car elles nous placent devant une même question, mais avec nuance. Dans un cas comme dans l’autre, on se demanderait « qu’y avait-t-il avant le Big Bang  » ou « Qu’y avait-il avant Dieu » ? Peu importe. Ou on pourrait choisir de répondre par une boutade, comme a choisi de le faire Albert Jacquard, inspiré de son essai La science pour les non-scientifique, en répondant humoristiquement dans une entrevue télévisée de l’émission Second Regard, de la société Radio-Canada : « Mais qu’y avait-il avant ? – Il n’y avait pas d’y avait ! » Une très belle ironie !

4. La cosmologie : des humains sans dieux, aussi !

Das Rheingold

Die Walkure

Sigfried

Gotterdammerung

Dans un monde post nietzschéen, où a été prononcée la mort de Dieu, tandis que les scientifiques nous exposent une vision instrumentale des multiples facettes de l’Univers, les musiciens peuvent aussi enrichir notre réflexion et nous confronter à des dilemmes intéressants. Et cette mort des dieux, telle qu’exprimée dans un opéra de Wagner, pourrait aussi nous amener à reconsidérer la position de la science, dans certains cas…

Pour revenir à cet exemple de l’eau nous lavant efficacement ou nous purifiant symboliquement, c’est qu’elle se (re)présente momentanément ou simultanément comme le résultat des forces cosmiques de l’Univers ou comme ou une offrande des dieux. Hélas, comme on peut le constater dans la tétralogie du Ring (L’anneau du Nibelung) de Richard Wagner, on peut être spectateur de la chute des dieux, si bien exposée dans le volet final du Götterdammerung… Ceci démontre assez bien que le germe de l’omnipotence contient aussi le germe de l’impuissance.

Notre monde moderne se tourne de plus en plus vers les perspectives scientifiques, pour «fabriquer» du sens, reléguant la magie au rang parfois de l’inculture et de la naïveté. Pourtant, même les dieux que nous personifions à travers tant de religons sont soumis à un ordre cosmique, un jeu de lois auxquels ils semblent être soumis eux aussi. Que ce soit les forces qui gouvernent la naissance des étoiles et leur mort – dont nous sommes finalement le produit – ou que ce soit les dieux qui agissent dans un monde idéal régi par ses propres lois, nous savons que lorsqu’un dieu dicte des lois d’un côté de son coeur et les transgresse de l’autre, il perd sa crédibilité devant le panthéon qui l’entoure.

Hélas, à ce moment, il commence ainsi à perdre la confiance des créatures qu’il a créées des ses propres mains afin de palier à ses propres erreurs de comportement; il perd aussi ses fidèles, qui cessent de le vénérer. Comme le rappelle si bien John Tomlinson, inteprétant Wotan dans la version Kupfer Barenboin du Ring, ce dieu puissant vénéré pendant des siècles par les peuples nordiques : « L’existence d’un dieu est très fragile; si les gens cessent d’y croire, il n’existe plus ». Une scène tout à fait spectaculaire de sa démission s’illlustre notamment parmi les moments les plus palpitants de cet opéra, dans la seconde partie, La Walkyrie.

Parallèlement, notre perception de la cosmologie scientifique est aussi soumise à un jeu de lois, selon que nous décidions de souscrire ou non au discours des scientifiques qui, à leur manière, aussi imaginent un ensemble de lois physiques qui peuvent ou non être transgressées afin de soutenir les différents modèles que nous tentons de déduire à partir de nos observations de l’Univers.

Les débats entre les théoriciens de la physique, sur la théorie des cordes, nous placent aussi devant des questions aussi épineuses que celles des dieux nous demandant d’être vénérés. La communauté scientifique vit autant de déchirements qu’entre les différents dieux des multiples panthéons foissonnant dans autant de religions.

Conditionnons-nous notre comportement individuel ou collectif en fonction des théories les plus probantes au niveau de la cosmologie scientifique ou nous comportons-nous encore comme des individus qui ne sont pas soumis à des lois physiques parfois indémontrables, alors que nous serions plutôt prisonniers d’un engrenange de forces que nous ne connaissons-pas ?

5. L’imaginaire : une plomberie hormonale ?

Analogiquement, si nous nous considérons les capacités de notre cerveau pour l’établissement de nouveaux circuits, à travers un réseau de tuyauterie biologique où circulent abondamment différents liquides – une espèce de bouillon d’hormones – la capacité d’établir de nouvelles connexions entre différents thèmes n’est limitée que par les frontières que nous voulons établir ou nou entre les différents secteurs de notre imagination. Remercions ici la synpase chimique qui contribue au décloisonnement de nos idées !

La cosmologie scientifique conduit parfois ses enthousiastes à un enfermement caractéristique, focalisant leur attention par exemple sur la naissance de la vie par la mort des étoiles. Des phénomènes lointains dans l’espace-temps qui ne conditionnent pas nécessairement le comportement quotidien. À vrai dire, cela les éloigne parfois des êtres qui sont près d’eux, alors quue ces derniers attendent parfois réponse à leur invitation à entrer en contact… « Non, je ne suis pas disponible pour le moment. Je suis dans une autre galaxie » pourrait-on sous-entendre de leur messagerie vocale. Mais comment cet intérêt pour les phénomènes si lointains dans l’espace-temps nous fait-il oublier le merveilleux de l’Univers, dans ce qu’il y a de plus près : ces êtres qui nous entourent et qui veulent nous parler ?

Dans cette quête de sens, la cosmologie symbolique fournira donc une perspective nouvelle qui élargira notre regard sur le monde, dans la seconde année du blogue, après une période de repos et de médiation.

La préparation de ce nouveau cycle de publication est en route depuis l’automne 2006. Elle a permis à l’auteur de passer une partie de l’hiver à la Grande Bibliothèque - oasis merveilleux pour la réflexion et l’étude, d’emprunter des dizaines et des dizaines de volumes et de remplir quatre carnets de notes Moleskine. Donc, il ne manque pas de matériel pour alimenter ce blogue, mais plutôt de temps !

MandalaSuite à ces lectures et ces consultations, vous serez donc menés sur de nouvelles terres. Que ce soit des considérations à la fois désopilantes et scientifiques de Salavador Dali, des commentaire surprenants sur l’art cosmologique ou des méditations philosophiques datant de plusieurs siècles, qui s’expriment dans les évocations cosmologique du mandala kalachakra, ce cercle sacré tibétain, il n’y a aucun doute : l’Humain n’a de cesse de manifester son étonnement devant le cosmos. Dans le dernier cas, il s’agit dobserver un groupe de moines bouddhistes passer des jours entiers à tracer un mandala, avec de minuscules grains de riz, des figures géométriques non seulement extraordinaires dans leur précision, mais aussi très chargées symboliquement pour constater notre émerveillement. Cela ne diminue en rien les extraordinaires contributions des artistes de l’informatique, en cosmologie computationnelle, qui consacrent aussi beaucoup d’énergie à produire des simulations tridimensionnelles et animées de différents phénomènes cosmologiques.

Toute activité humaine tournée vers notre émerveillement et notre quête de compréhension mérite sa place au soleil !

Au cours de cette prochaine année, vous pourrez ainsi constater que ce ne sont pas seulement les astrophysiciens de notre siècle qui peuvent réfléchir à des univers multiples ou des cosmos de type multivers, même les bouhistes y songeaient… bien avant nous… nous reviendrons donc sur ces sujets dans les prochains mois. Ici ne s’entrouvre qu’une porte…

Scientifique ou mystique ? Comment vous situez-vous ?

TOPOLOGIE COSMIQUE | I. Peindre l’espace-temps

Ce soir, pour la première fois depuis au moins un an,
je regarde le ciel étoilé. Je le trouve petit.
Est-ce moi qui grandit ou l’univers qui se rétrécit ?
Ou les deux choses à la fois ?

SALVADOR DALI
Journal d’un génie

Cet essai impressionniste sur l’espace-temps utilise les métaphores de la photographie, de la peinture et de la musique, dans une perspective non scientifique,  pour nous introduire  aux nouveaux paradigmes de perception abordés dans l’Univers chiffonné de Jean-Pierre Luminet.

IMAGES DE L’ESPACE TEMPS
L’espace-temps des images

Au niveau microscopique, cette photographie n’est qu’un conglomérat d’atomes, nuages infimes d’électrons tourbillonnant autour du noyau, dans une configuration unique de la pellicule ou du papier à tirage, suite à l’excitation des sels argentiques par les photons. Mais en plus, au niveau macroscopique, devant la lentille du photographe Philippe Halsman, se déroule une mise en scène si surréaliste qu’il lui fallut 26 essais pour capturer, dans une sublime photographie, une vision tout à fait unique de l’essence de l’espace-temps de Salvador Dali !

Considérons-la momentanément comme un allégorie visuelle extraordinaire du principe d’incertitude de Heisenberg, une des portes d’entrée de la cosmologie contemporaine. Nous savons désormais, comme l’énonce Fritjof Capra dans Le Tao de la physique, “qu’au niveau subatomique, la matière n’existe pas avec certitude à des places définies, mais manifeste plutôt une «tendance à exister», et les événements atomiques ne surviennent pas avec certitude, mais manifestent plutôt des «tendances à survenir»”. On pourrait croire que ce concept fondamental de la mécanique quantique apparaît ici à notre échelle, dans cette photographie, à travers cette improbable juxtaposition d’objets capturés dans l’espace-temps. Pourrait-on conjecturer que ces chats fussent empruntés à Scrhödinger ?

Mais comme si cela n’était pas suffisant, on ne parle plus désormais de l’espace et du temps, mais bien de l’espace-temps, ces dimensions étant désormais indissociables. De telle sorte que dans cet espace-temps pictural, ces quatre dimensions sont figées irrémédiablement et astucieusement sous la forme d’une seconde allégorie pouvant nous rappeler que le Big Bang, cet instant de création fut avant toute chose une explosion d’espace-temps et non une explosion dans l’espace et dans le temps. Ainsi pourrait-on qualifier cet instant de création de Halsman, une explosion d’espace temps ayant laissé ses traces dans un portrait mémorable, fort justement intitulé Dali Atomicus.

Ce dernier siècle nous aura habitué à la naissance de nouvelles théories et de nouvelles images, telles que celles offertes par la cosmologie observationnelle. Elles s’inscrivent petit à petit dans la mémoire collective des Humains, comme ces représentations des premiers moments de l’Univers, par exemple. WMAPCette variété de cartes thermographiques et spectrographiques, issues du traitement des données accumulées pendant les missions d’observation des sondes COBE et WMAP, rappelle que les scientifiques scrutent avec succès et avec de plus en plus de précision l’écho du rayonnement fossile de l’Univers. Elle apparaissent fréquemment dans les publications traitant de cosmologie, illustrant en fait les rides du temps, ces petites anfractuosités de l’Univers primordial.

Pour résumer brièvement, les cosmologistes croient que ces rides – ces infimes fluctuations de densité de la matière primordiale – combinées à la gravité, auraient conduit à la formation d’agglomérats se structurant en un réseau filamenteux pour produire les premiers amas de proto galaxies, berceaux des étoiles.

Ainsi, les données recueillies pendant ces missions d’observation orientent le travail d’autres scientifiques dédiés à la cosmologie computationnelle, leur permettant d’élaborer des scénarios de formation des premiers amas, en tentant de les représenter dans un espace tridimensionnel.  Ce genre de simulation cosmologique permet finalement d’extrapoler également l’existence de cet immense réseau de galaxies, s’étendant sur des distances astronomiques : des milliards d’années-lumière. Même si elles ne sont que des représentations d’un phénomène physique, et en dépit du fait que l’interprétation de leur contenu n’est pas toujours aisée, ces images marqueront à jamais l’histoire de la cosmologie. Il est difficile, pour la plupart des gens, de concevoir comment plus d’une centaine de milliards de galaxies, plusieurs comportant aussi plus de cent milliards d’étoiles, peuvent s’étendre dans l’espace; ces nombres dépassent l’entendement.

Mais ces images émanant du monde scientifique, de manière identique à ces médiévales cartographies célestes maintenant accrochées dans les musées – réels ou virtuels – indiqueront aux générations futures que notre quête de sens ne cesse de modifier nos représentations. Nous sommes passés des enluminures du Moyen Âge aux subtilités de l’interprétation de données numériques, recueillies par des capteurs voyageant dans l’espace intersidéral. Elles n’en demeurent pas moins le produit de notre besoin de nous représenter visuellement l’Univers dans lequel nous habitons.

En deux métaphores visuelles, parmi tant d’autres aisément accessibles sur le réseau Internet, se résument ainsi un long chemin parcouru par la matière, pendant des milliards d’années, pour nous conduire ici et maintenant ! Dans un article précédent, quelques questions ont été abordées relativement à la géométrie de l’espace de l’Univers. Il faut reconnaître que sa topologie, c’est à dire sa forme globale, dépend de ces rides se manifestant dans son état primordial.

Ce problème topologique se pose différemment selon l’échelle à laquelle on désire le traiter. Le langage écrit et la grammaire visuelle peuvent parfois conduire à des erreurs d’interprétation et à une distorsion de nos représentations. Suffit-il de rappeler que nous interprétons des objets en trois dimensions dans un domaine à deux dimensions sur la page ou à l’écran. En plus, la topologie cosmique est une discipline assez nouvelle, si on la compare à d’autres disciplines auxquelles recourt la cosmologie. Des perspectives novatrices sur la résolution de ce problème sont d’ailleurs proposées par Jean-Pierre Luminet, auteur de L’univers chiffonné.

Avant de discuter de cet essai, un retour dans l’histoire de la photographie et de la peinture peut servir de cadre de référence, alors que s’amorce un virage de notre interprétation de l’espace-temps. Cette histoire nous aide à comprendre comment la révolution de l’espace pictural peut influencer notre compréhension des phénomènes cosmologiques, puisque le langage des images est en mutation.

PEINDRE AVEC LA LUMIÈRE
L’abandon du mode figuratif

Cette survivance d’une des premières photographies de William Henry Fox Talbot - la fenêtre Oriel de la Galerie Sud à Leacock Abbey dans le Wilthsire où il vivait – pourrait nous faire croire que les peintres ont été contraints d’abandonner les représentations figuratives, les photographes s’étant substitués à eux pour peindre à partir d’un pinceau de photons traversant la camera obscura, se déposant sur la pellicule argentique. Ce pourrait être une des causes principales de la révolution de l’espace pictural. Dans son essai Pour comprendre les média, traitant des prolongements technologiques de l’homme, Marshall McLuhan nous ramène au milieu du XIXème siècle, alors que ce célèbre photographe présente à la Royal Society un savant mémoire intitulé : «Exposé sur l’art du dessin photographique, procédé par lequel on peut amener les objets de la nature à se dessiner eux-mêmes sans la contribution de l’artiste».  Cette révolution photographique revêt un caractère déterminant dans l’histoire, selon lui :

La photographie, en effet, reflétait automatiquement le monde extérieur et en donnait une image fidèlement reproductible. C’est ce caractère primordial d’uniformité et de répétition qui avait constitué la rupture gutenbergienne entre le Moyen Âge et la Renaissance. La photographie a été un élément presque aussi déterminant du passage de l’ère de l’industrialisation mécanique à l’ère graphique de l’homme électronique. C’est l’invention de la photographie qui marqua le passage de l’homme typographique à celle de l’homme graphique.

On reconnaîtra aujourd’hui que la photographie a eu un impact immense sur la cosmologie observationnelle, dès le moment où les astronomes ont pu capturer les photons provenant des lointains objets célestes. Des photons lointains non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps faut-il rappeler. Mais elle ne constitue qu’un premier pas vers une autre révolution qui s’amorce au niveau de nos représentations : l’avènement d’images de synthèse permettant désormais de nous représenter l’Univers non seulement dans la manifestation de ses objets célestes, mais aussi dans sa manière d’habiter l’espace cosmique.

Revenons un instant sur les qualités de l’espace pictural, en délaissant l’univers figuratif du portrait. Les peintres ont pu exploiter de nouvelles dimensions, nous propulsant dans un univers abstrait, où la perspective introduite à la Renaissance est mise de côté. Cependant, dans le cas de Salvador Dali, Montre molle au moment de sa première explosion SALVADOR DALIil continue à y recourir et conserve la forme figurative à d’autres fins. Il permet aux objets d’échapper à leur volume et de s’éclater en dehors du cube euclidien pour épouser un espace courbe. On pourrait croire que ses montres molles expriment l’élasticité du temps et de l’espace. Émaneraient-elles d’une conversation entre lui et Einstein et cela ne nous surprendrait pas. Son tableau Persistance de la mémoire (1931) serait un exemple typique. Cette analogie est fréquemment proposée par les critiques d’art; est-elle uniquement une intuition interprétative dans leur imagination ou fait-elle vraiment partie du propos de Dali ?

Si on désirait faire une analogie avec notre conception de l’espace qu’occupe l’Univers, cette révolution picturale pourrait être considérée comme équivalente du passage de l’espace rigide newtonnien à l’espace-temps flexible einsteinien. Lorsque nous tentons de nous représenter la topologie spatiale de l’Univers, la révolution relativiste impose un changement de paradigme de la perception de l’espace et du temps. Les dimensions spatiales et temporelles n’étant désormais plus séparés; une plus grande ouverture d’esprit permet de concevoir le Monde autrement, même à travers les gestes du quotidien.

À titre d’exemple, la prochaine fois que vous donnez rendez-vous à un ami et que vous conduisez votre automobile ou empruntez un transport en commun, tentez d’imaginer que votre rendez-vous a lieu dans quatre coordonnées différentes – trois pour l’espace, le coin de rue ou la devanture de restaurant – et une quatrième pour l’heure à laquelle vous allez vous rejoindre. Si par mégarde ce rendez-vous se passait la fin de semaine où l’heure change, et qu’accidentellement vous ou votre connaissance aviez oublié d’ajuster votre montre, vous vous retrouverez seul. Et lorsque que vous vous rejoindrez ensuite au téléphone, un peu plus tard dans la journée, pour faire part de l’absence de l’autre, vous pourrez bien sûr prétexter, l’un ou l’autre : «mais j’étais là, à tel coin de rue et tel restaurant»… Vous vous rendrez compte qu’il y avait une dimension dans laquelle vous ne vous êtes pas rencontré : dans le temps !

Je demeure dans un espace urbain où il est possible de se déplacer entre deux points par le réseau souterrain du métro. Au moment où la rame s’enfonce dans le tunnel, propulsée par ses moteurs électriques vers un autre point de la ville, mon imagination  débordante me donne parfois l’impression d’être à bord d’une machine incroyable, que nos ancêtres n’auraient jamais imaginé. J’établis même, avec un certain plaisir, un parallèle avec ce grand tunnel de l’accélérateur de particules LHC du CERN, cet immense tunnel de vingt-cinq kilomètres de diamètre. Ne suis-je pas véhiculé à destination par l’énergie électrique, utilisant l’énergie contenue au coeur de la matière de notre Univers ? N’est-ce pas merveilleux, même si nous voyageons encore à des vitesses que nos descendants lointains trouveront sans doute ridicules !

Cette analogie peut paraître tout à fait banale, mais elle illustre assez bien que l’espace et le temps sont intimement reliés ! Donc, après ces considérations sur le monde des représentations, comment un scientifique peut-il apporter des perspectives vraiment différentes, même à la lumière des dernières percées de la cosmologie ? Il y a encore tout un monde à explorer dans nos représentations de l’Univers et même des surprises épistémologiques !

C’est le sujet du prochain article : TOPOLOGIE COSMIQUE 2 : L’Univers est-il chiffoné ?

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NIVEAU 201 | Topologie-cosmique | Simulation cosmologique | Cosmologie computationnelle

Au delà de l’innocence et de la séduction

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Comme cette jolie fougère est séduisante, en émergeant innocemment d’une stratification calcaire à flanc de coteau, sur le versant nord-est du Mont-Royal. Une espèce de défi végétal, un pied de nez au monde minéral. L’an passé à pareille date j’avais été également séduit, en premier par le titre d’un ouvrage qui semblait émerger du lot; en second – on se laisse tous piéger par les textes de couverture arrière - par un encensement indû des auteurs. L’éditeur ne manquait pas de souligner que pour la première fois, ils esquissent même, à partir des découvertes les plus récentes, et en se fondant sur une recherche originale, plusieurs hypothèses promises à un grand retentissement ; l’Univers d’avant le Big Bang était-il – déjà ? – un réseau complexe d’informations ? Et n’y aurait-il pas, à l’origine de cet univers, un «code cosmologique», comme il existe pour le vivant, un code génétique ?

L’attrait pour les codes est incontestablement un phénomène culturel ambiant. Toute tentative de déchiffrement est presque un gage de succès d’édition. L’engouement pour Le Code Da Vinci n’était pas encore à son paroxysme l’an passé, mais ayant fréquenté un libraire à Québec, mystifié par le décodage de la Bible et de la Tora, les réminiscences des discussions insensées entendues autour du comptoir me font souvent sourire. Si vous avez vu en librairie ce best seller The Bible Code I & II, de Michael Drosnin, vous avez sans doute également esquissé un certain sourire; Dieu sait [...] comment ce genre d’ouvrage se fonde sur l’imprécision et l’approximation. À la limite, on peut trouver des codes dans tout, quand on le veut bien. Les mathématiques ont un étrange pouvoir d’attraction, surtout lorsqu’on tente de s’improviser.

Même si je freine devant ce type d’ouvrage, je me laissai séduire malgré tout par l’évocation de l’existence d’un code cosmologique, dois-je considérer maintenant ! Le 6 juin 2006, j’achetai donc Avant le Big Bang, de Igor et Grichka Bogdanov. Les lecteurs connaissant la polémique autour de cet essai controversé verront immédiatement dans quel piège je suis tombé ! Cet ouvrage aux prétentions scientifiques, publié chez un éditeur de renom, proposait semble-t-il une explication cohérente du début de l’Univers.

Naïvement, sinon candidement, je me suis donc laissé bercer momentanément par l’air du temps. D’autant plus que cette promesse de traverser l’infranchissable mur de Planck, aussi facilement que cette fougère pousse à travers les anfractuosités de la paroi rocheuse, était des plus attrayantes ! Enfin, on pouvait répondre de manière novatrice à cette énigme tout à fait particulière, lorsque nous nous demandons ce qui pouvait bien se passer avant le Big-Bang.

Qu’on puisse se laisser séduire non seulement par un texte de jaquette, mais aussi par le titre d’un ouvrage, nous rappelle constamment que la littérature dite scientifique nous tend parfois de beaux pièges. Tant qu’on sait en tirer leçon, on peut quand même en sortir grandi. Pourrait-on prétendre, juste pour nous amuser, qu’un lecteur averti en vaille deux ?

Pour ajouter à l’anecdote, le lendemain de cet achat, le poste que j’occupais depuis près de 14 ans dans une entreprise de services informatiques était supprimé. Je pouvais donc avoir du temps pour m’intéresser intensément au début d’un monde, alors que c’était la fin d’un autre ! Alors voilà, pour me guérir d’un potentiel traumatisme suivant cette annonce, je me lance à corps perdu dans la lecture de cet ouvrage. J’étais presque convaincu de trouver une théorie cosmologique permettant de franchir définitivement ce fameux mur de Planck. Ce moment ultime, où la matière aurait été comprimée dans son état le plus dense et dans une unité de grandeur infime, impossible à mesurer expérimentalement, 10-33 cm; ce ne serait plus un mystère. Enfin je serais libéré d’une angoisse cosmologique m’habitant depuis quelques mois !

Étrangement, cette parenthèse bodganovienne est survenue après avoir lu un ouvrage d’une qualité scientifique indiscutable : Bing Bang de Simon Singh pendant l’hiver 2005. Depuis, je comprends beaucoup mieux les différentes facettes de la théorie du Big Bang, me surprenant même à pouvoir enfin exposer à mes amis le problème de l’horizon cosmologique ou la découverte fondamentale de Penzias et Wilson sur le rayonnement fossile de l’Univers, ce fameux bruit parasite qui dérangeait les chercheurs des laboratoires Bell. J’en parle d’ailleurs dans le billet N’ajustez pas votre appareil.

Immédiatement après ce livre, j’entreprend aussi la lecture de L’Univers élégant de Brian Greene. Je començe aussi à cerner les implications sous-jacentes imposées par la constante de Planck. Je me bute momentanément sur la géométrie non euclidienne et riemannienne; je tente aussi de franchir mon propre mur cette fois, non sans peine.

Ces deux ouvrages me demandent un effort intellectuel tout particulier. Et juste avant de tomber dans le piège, en mai 2005, je me suis également procuré un ouvrage vraiment ambitieux, une brique cartonnée de 1 000 pages de Roger Penrose, The Road to Reality, afin de pouvoir reprendre un peu du poil de la bête en mathématiques et potentiellement finir par comprendre enfin la géométrie riemannienne. Le programme de Penrose est d’ailleurs ambitieux; il nous conduit des racines fondamentales de la science aux confins des théories mathématiques les plus troublantes. Je suis fermement convaincu que je vais réussir à passer à travers ses 34 chapitres touffus dans un avenir rapproché et vous pouvez imaginez que j’en ferai état.

Paradoxalement, après avoir consacré tant d’efforts pour comprendre le Big Bang et la théorie des cordes, lorsque j’atterris dans l’ouvrage des frères Bogdanov, tout semblait soudainement clair, limpide, presque facile, comme si soudain tout se déverrouillait ! Était-ce un premier signe que quelque chose ne tournait pas rond ou justement tournait trop rond ? Est-ce à dire qu’en lisant un ouvrage qui semble trop facile, il faudrait alors recourir immédiatement au fanal de la suspicion et du scepticisme ? Mon étonnement, momentané faut-il le dire, s’exprime alors dans un court texte écrit d’un seul jet, en m’inspirant de cette lecture.

Retour au 11 juin 2006

Le temps, c’est ce qui empêche tous les événements de l’Univers
de se produire en une seule fois

JOHN WHEELER

Me voilà vraiment dépaysé, sinon stupéfait, de cette plongée incroyable vers le moment zéro de l’Univers, qui nous est offert par Igor et Grichka Bogdanov. Leur prose scientifique nous fait franchir, de leur imagination fertile, le mur de Planck, pour nous ramener pas à pas au moment zéro et à la distance zéro; figure de prose poétique qui nous livre un jeu d’impressions et d’hypothèses de représentations préfigurant habilement la réalité initiale de l’Univers, de manière métaphorique. Nous voilà devant cette notion que toute l’information de l’Univers est présente à ce moment, qu’elle serait alors contenue dans l’infime de manière similaire à une graine d’arbre qui en contient tout son plan, ou encore comme une brindille d’ADN qui contiendrait la virtualité de l’organisme qui pourra se déployer à partir de toutes les informations contenues dans le code génétique. Nous voilà aussi devant un phénomène comparable à cette fameuse métaphore du filet d’Indra (note 1), où tout se reflète en tout, en quelque sorte.

Je m’arrêtai simplement là, après avoir profité de mes premiers jours de liberté totale, après quatorze ans de travail. J’essaie aujourd’hui de me souvenir comment j’avais pu ensuite localiser ce billet tout à fait éclairant, traitant des incohérences de ce fameux ouvrage devant lequel je m’étais réjoui trop facilement. Après le Big Crunch, dans le blogue Épiphysique, me jeta une douche froide, de plein fouet. Mais pas seulement ce billet, toute la série au complet. Imaginez que l’éditeur doit être dans ses petits souliers devant un tel débat qui fait rage; son résumé y fait prudemment allusion, d’ailleurs.

Disposant de plus de temps libre désormais, fort heureusement cet incident m’inspira. Ce fut l’élan initial de création de mon premier blogue, ce défunt univers zéro un sur MSN Spaces, dont j’ai conservé uniquement le meilleur sur WordPress. Tous les billets datés avant le 1er mai 2006 sont d’ailleurs le résidu du premier blogue.

Comme je suis maintenant en congé – pas en arrêt de travail, cette fois-ci – je reviens sur le sujet à la lumière des billets du blogue univers zéro un. Donc, ici, dans le laboratoire se concocte petit à petit le prochain billet de la série Calculons-nous mieux que l’Univers. Rappelons que ce LABO est le lieu d’expérimentation; bonne place pour cette anecdote sur les frères Bogdanov, mais aussi pour rendre compte du chantier de lecture sur la cosmologie quantique. Pour le moment, je suis concentré sur La machine univers, livre dont je vous parlais il y a quelques jours. Voilà un peu où j’en suis…

Je ne peux m’empêcher, après avoir transcrit ce bref «étonnement» de l’an passé, de partager au moins un passage savoureux de cet ouvrage. Il avait particulièrement attiré mon attention de son ton séduisant, sinon esthétique. Comme c’était réjouissant alors de voir deux nouveaux «astrophysiciens» clouer élégamment le bec à tous ces théoriciens pour ainsi dire entrés en collision avec ce mur !

À présent que nous avons «en face de nous» la magnifique boule des nombres, nous pouvons nous poser une nouvelle fois cette question : pourquoi le point représentant la singularité (note 2) «passe-t-il» de zéro à l’échelle de Planck ? Pourquoi «grandit-il» ? La réponse se cache dans la boule des nombres. C’est elle qui, en passant de la taille de zéro à une taille non nulle, nous montre comment voir la toute première expansion de l’ancêtre lointain de notre univers, le Big Bang froid bien avant le Big Bang chaud.

En effet, en raison de leur étrange nature «dynamique», les nombres bougent. Le zéro ne reste pas «sur place» mais engendre tout ce qui peut être compté, jusqu’à l’infini. Mais ce phénomène va plus loin qu’une simple propriété mathématique. Car cette «dynamique des nombres» a une fascinante traduction sur le plan géométrique : elle peut être vue comme un «gonflement» de la boule des nombres (p. 299).

Voilà, c’était si simple, semblait-il; remarquez particulièrement ces expressions en gras. Vous êtes maintenant dans le coup. Vous savez maintenant pourquoi un naïf chercheur sans papiers avait si candidement réagi à un tel texte alors, et même imaginé qu’un espace personnel pouvait désormais se nommer univers zéro un 101. Pourquoi se casser la tête au moment où on pense alors avoir résolu une grande énigme ? L’univers, c’était le passage du zéro au un. Point à la ligne !

Aujourd’hui, je ne peux que sourire en n’oubliant pas que le zéro et le un, ce fameux 0 et ce fameux 1, ne sont que des nombres, des symboles. Comment deux symboles, habitant dans l’univers de nos consciences, pourraient-il soudainement s’emparer de l’espace et du temps, se  matérialiser, devenir l’unique substance composant notre univers ? Facile de perdre la boule, n’est pas, surtout quand c’est la magnifique boule des nombre des Bodganov…

Rembobiner vers un hypothétique moment zéro
Jeudi, le 29 juin 2006

Un an après ce premier choc émotif et cosmologique, je considère que la cosmologie n’est pas seulement une démarche scientifique qui devrait nous conduire, à travers de multiples théories en compétition, vers un moment ultime, derrière nous, où le rien se serait transformé en tout, le néant en infini ou le zéro en un… Il n’y a peut-être jamais eu un tel moment où le rien, le néant ou le zéro régnèrent en maître d’un Univers à venir. Toutes nos tentatives de rembobinage vers un temps zéro ne sont en fait qu’une série de fables scientifiques s’inscrivant dans l’air du temps. Elles n’ont pas fini de changer, et il n’y aura probablement jamais une histoire définitive de l’Univers. Si vous vous attendez à cela de votre vivant, vous risquez une forte déception.

Pensons ici aux Fables de Lafontaine, se terminant par une morale; ou encore évoquons cet étrange état mental, lorsqu’on accuse injustement quelqu’un de fabuler. Pourtant, on pourrait aussi conserver le mot fabuleux comme Le fabuleux destin d’Amélie Poulin. J’aime. Je n’aime pas. Mais c’est le fabuleux destin de l’Univers qui nous intrigue, n’est-ce pas ?

Et s’il fallait alors rédiger une telle fable, à partir de ce qu’on nous a appris. Le fabuleux destin de l’Univers. Un très grand livre, avec beaucoup de pages. En fait, toutes les pages écrites jusqu’à aujourd’hui par les astronomes, cosmologistes ou astrophysiciens. Un grand livre en train de s’écrire en ce moment. Quel grain de sel ou quel grain de sable pourrais-je ajouter à ce récit, que puis-je dire qui n’a pas été dit ? Bien difficile d’imaginer – tant que cela n’est pas écrit.

Ce billet est un premier exercice, un premier jet. Deux séries de billets, en parallèle, nous mèneront aussi, dans quelques un de leurs détours, vers la Singularité technologique, ce point de rencontre entre l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle.

À la limite – soyons ici audacieux – après avoir dépassé cette Singularité technologique, comme on le constate dans les billets de la série Anthropologue recherche cybernéticien, on pourrait imaginer, dans un monde futur, que ce ne serait même plus nous qui écririons le grand roman cosmogonique. L’intelligence artificielle collective pourrait éventuellement avoir son mot à dire, laissez aller votre imagination un instant. Pour le moment, nous en sommes aux simulations informatiques, à la cosmologie computationnelle, mais dans un futur éloigné, même les ordinateurs pourraient commencer à se poser les mêmes questions que nous, probablement beaucoup mieux. Si la cosmologie est la plus grande question animant le coeur des Humains, ne pourrait-elle pas devenir aussi la plus grande pour des entités intelligentes ? À vos plumes, rédacteurs de S.F. !

Pourtant, en attendant, il faut continuer de réfléchir à un fait – calculons-nous mieux que l’Univers ?

Notes

  1. « On dit que dans le paradis d’Indra, il y a un treillis de perles, disposé de telle manière que si vous en regardez une vous y voyez le reflet de toutes les autres. De même que chaque objet du monde n’est pas seulement lui-même mais comprend tous les autres et est véritablement tout le reste. Dans chaque particule de poussière sont présent d’innombrables bouddhas. » Frijof Capra, Le Tao de la physique, p. 301. Citant G. F. Chew, M. Gell-Mann et H. Rosenfeld, Strongly Interacting Particles, Scientific American, vol. 201, février 1974, p. 93.
  2. Il ne faut pas confondre ici la singularité technologique, dont il est question dans la série de billets sur la cybernétique, et la singularité gravitationnelle dont nous entretiennent les frères Bogdanov, ce phénomène particulier qui décrit l’effondrement d’un trou noir et sa masse résiduelle immense dans un espace infime, pour ainsi dire impossible à observer expérimentalement.

BIG BANG | Il n’a pas peut-être jamais eu lieu

Science & Vie, No 1063, Avril 2006

Le big bang fait partie des idées fortes sur notre conception de l’univers, autant que celles de la création véhiculée par les grandes religions, de l’évolution de Darwin ou  encore de la relativité d’Einstein.

L’idée que l’univers est né du big bang semble si bien étayée que la contester a tout du blasphème. Pourtant, plusieurs observations viennent aujourd’hui fissurer ce bel édifice théorique. De quoi le remettre en cause ? La réponse appartient à de super télescopes, dont l’arrivée s’annonce décisive.

Ce magnifique dossier de 20 pages, illustré de schémas explicatifs des plus éclairants, constitue une bonne nouvelle pour qui voudrait explorer le sujet sous une perspective différente. En découvrant le sommaire de ce sur le site de ce magazine, il a bien fallu sortir de la bilbliothèque et se rendre dans un stand à revues.

Et c’est avec plaisir que cette parution s’accompagne d’une citation, en réserve depuis fort longtemps, tirée de La Galaxie de Gütenberg, de Marshall McLuhan :

[...] l’orientation présente de la pensée physique (comme il apparait de ce qui a été dit sur le principe de la causalité) penche vers l’idée que, dans le domaine physique, il y a une perpétuelle succession d’intrusions ou créations nouvelles.  L’univers est fort loin d’être un pure conséquence mathématique de la disposition des particules à la création, et c’est un lieu bien plus intéressant et fécond en événements qu’aucun déterministe ne l’imagine .

Edmund Whittaker
L’espace et l’esprit, Mame, 1953, pp. 185-186 – in McLuhan, Galaxie, p.365

Voilà donc qui remet les pendules à l’heure, même en revenant sur un citation éloquente qui date de plus de 50 ans. On comprendra ici que l’auteur ce blogue doit reconnaître qu’il n’a pas inventé la roue, ni ne tente de la réinventer!

Addendum

Ce doute sur la théorie cosmologique du Big-Bang n’est pas introduit pas surprise dans Science & Vie, qui n’est pas considéré il faut bien le dire, comme une «revue scientifique», mais un écho de l’actualité scientifique adapté pour le grand public, sous forme de magazine, ce qui ne lui enlève pas son attrait… et l’auteur de ce blogue fait partie bien sûr de ce grand public!

Science & Vie, No 1054, Juillet 2005

Un autre numéro de ce magazine scientifique vient s’ajouter à une piste de recherche stimulante à suivre, le sommaire du numéro présentant dans quelle perspective on peut observer le big bang.

Tandis que les télescopes actuels permettent aux astronomes de remonter le temps jusqu’au big bang, les physiciens ne sont pas en reste ; ils entrevoient aujourd’hui ce qu’il y avait “avant”, via des scénarios littéralement vertigineux.

Donc, il y a de moins en moins de doute sur ce fait : nous avons de plus en plus de doutes sur le modèle cosmologique du Big Bang!

Et cela ne peut être que réjouissant de constater que la communauté scientifique fasse enfin son examen de conscience et puisse aussi se remettre en question.

Non que cette théorie cosmologique est tout à fait décousue – un excellent essai de Simon Singh – Big Bang, pour facilement vous convaincre de sa plausibilité, mais le scepticisme doit aussi demeurer de mise!

CAPTURER LE TEMPS : Théorie, biologie & métaphore

Apostille le 17 avril 2006

Il était tentant, lors de la première édition de ce billet de simplement y coller une référence à un vidéoclip Youtube, comme cela est dans l’air du temps. Mais réfléchir au temps en cosmologie peut nous amener à aborder sous plusieurs perspectives cette dimension de notre construction intellectuelle de notre compréhension de l’Univers. Voilà donc quelques citations qui pourront ajouter de la profondeur à notre regard sur le temps…

Le temps théorique

Science JacquardDans son magnifique essai, La science à l’usage des non-scientifiques, Albert Jacquard livre une réflexion exceptionnelle sur le temps, dans un court chapitre où il place le lecteur devant deux points de vue tout à fait différents sur le temps, le premier puisant dans la racines de la pensée chrétienne et le second émergeant du génie d’un physicien ayant reçu le prix Nobel. Ces deux citations ont retenu mon attention suite à un entretien diffusé à une émission de Radio-Canada. Humoristiquement, à cette question habituelle : «Mais qu’y avait-il avant le Big Bang ? », Jacquard répond candidement : « Mais il n’y avait pas de y avait» et ajoute de plus, en un clin d’oeil qu’il pourrait faire un calembour avec « y avait », bien sûr !

Ces deux citations nous obligent à considérer le temps de manière différente, tout en gardant à l’esprit que le Big Bang est une explosion de temps et d’espace. Un peu plus de 20 pages pour faire le tour du sujet de manière concise, malgré la complexité du sujet. A lire absolument !

« Je ne sais pas ce qu’est le temps, mais je sais qui si rien ne se passait, il n’y aurait pas de temps passé »
SAINT-AUGUSTIN.

Et pour la physique moderne, maintenant :

« Le temps, c’est ce qui se passe quand rien ne se passe »
RICHARD Feynman

Enfin, en glanant dans mes notes de lecture, j’avais déjà aussi retenu une réflexion paradoxale de John Wheeler, qui aborde le sujet de manière originale en confrontant le temps au déroulement des événements :

« Le temps, c’est ce qui empêche tous les événements de l’Univers de se produire en même temps »
JOHN WHEELER

Le temps biologique

Les réflexions sur le temps abondent dans le domaine de la cosmologie; on peut même parler de temps linéaire ou de temps circulaire. Mais la durée biologique de notre vie nous oblige aussi à réfléchir à notre perception du temps. On peut reculer de quelques décennies, à la rencontre de Alexis Carrel, et se référer au chapitre V de son essai L’homme cet inconnu, pour considérer le temps intérieur, comme il le nomme, et constater pourquoi notre perception du temps change au fur et à mesure que nous avançons dans la vie. Notamment, il fait la remarque suivante :

« Peut-être la lenteur apparente du début de la vie et la brièveté de la fin, sont-elle dues  ce qu’une année représente, comme on le sait, pour l’enfant et pour le vieillard des proportions différentes de leur vie passée. »
ALEXIS CARREL

Il en discute de manière détaillée, en soulevant des hypothèses intéressantes sur les modifications de notre perception, au gré de notre avancement dans la vie. Puisque cette réflexion date de plus de soixante-dix ans, soyons de notre siècle et utilisons plutôt une métaphore visuelle qui est charmante, égrenant ainsi quelques minutes de la vie pour réfléchir sur sa durée. Pourquoi pas?

Le temps métaphorique

Le temps de l’Univers est aussi notre temps, celui qui passe, qui file… Noah Kalina, photographe vivant et travaillant à New-York, a mis en ligne une oeuvre cinématographique inédite, métaphore subtile distillée à partir de son album quotidien, Noha K. EveryDay. Il me fait plaisir de la partager.

Source : YouTube | Noah takes a photo of himself every day for 6 years.

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Le monde existe-t-il réellement?

Certains amis ont le don de nous offir des cadeaux de Noël hors du commun.

Cela peut mériter une nouvelle note dans ce blogue, plongé dans un état d’hibernation depuis quelques mois, histoire de prendre un certain recul… les activités professionnelles de l’auteur l’ayant aussi entraîné dans un tourbillon digne de la naissance d’une galaxie.

Alors, voilà un beau clin d’œil aux disciples de l’immatérialisme de Berkeley, dont un philosophe québécois qui a déjà publié les quatre premiers tomes de se Grand Traité sur l’Immatérialisme. Clin d’œil à qui le connaîtrait.

« Le monde existe-t-il vraiment ? A cette question métaphysique, les physiciens apportent aujourd’hui une réponse étonnante : le monde n’est que la somme d’informations que nous avons sur lui. Une posture qui oblige à redéfinir le temps, l’espace et la matière….et jusqu’à notre condition humaine »

Une citation attribuée au physicien américain Christian von Bayer (ayant généré une belle discussion dans le forum des sceptiques du Québec, à laquelle l’auteur a jouté son grain de sel) a retenu mon attention, plus particulièrement, dans le second volet de ce reportage, (2) Et si tout n’était qu’information, en page 78

« L’information est le médiateur entre le matériel et l’abstrait, entre le réel et l’idéal. C’est cette étrange substance compressible qui jaillit des objets tangibles, que ce soit un atome, une molécule d’ADN, un livre ou un piano, et qui, après des séries de transformations complexes impliquant les sens, vient se loger dans notre cerveau conscient ».

Méditez sur ceci et réfléchissez à travers quel système de représentations vous avez une connaissance de l’auteur de ces billets, par exemple, invisible que je suis à vos yeux.

Niveau 201 | Bibliothèque de signets | Référence

S&V 1057

Science & Vie. Octobre 2005, No 1057.

Révisé le 2006-05-18

Question : L'Univers est-il vert ou beige ?

COULEUR UN
Le rayonnement fossile

D65-gam.jpgEn passant en revue une liasse de vielles découpures de journaux, un article au titre étrange l’a disqualifié promptement comme candidat pour aller rejoindre les autres dans le fond de la corbeille à papiers.

À première vue, cela ressemblait à ce genre d’entrefilet en apparence anodin, qu’on retient parfois sans prendre le temps de le lire, juste au cas où… Alors, après avoir survécu près de quatre ans dans le fond d’un placard, que faire de petit bout de papier jauni, publié dans La Presse du samedi, 9 mars 2002 ?

L’univers n’est pas vert turquoise, contrairement à ce qu’avaient annoncé en janvier deux astronomes de l’université américaine Johns Hopkins, mais beige. Karl Glazebrook et Ivan Baldry ont expliqué jeudi qu’ils avaient commis une erreur. Ils avaient fait une moyenne de toutes les lumières émises par 200.000 galaxies et avaient conclu que si les hommes pouvaient voir cet ensemble de couleurs, ils verraient un vert pâle brillant. Ils avaient baptisé cette nuance de turquoise ”vert du spectre cosmique”. Les deux chercheurs ont expliqué que le logiciel qu’ils avaient utilisé présentait un défaut. Après la publication de leurs conclusions en janvier, des ingénieurs leur ont indiqué que le blanc de leur logiciel était mal étalonné. Une fois cette erreur corrigée, la couleur de l’univers ”se rapproche du beige’’, selon Karl Glazebrook. ”C’est embarrassant”, a-t-il confié. ”Mais il s’agit de science. Nous ne sommes pas des hommes politiques. Quand nous faisons une erreur, nous la reconnaissons”.

L’univers n’est pas vert turquoise mais beige – WASHINGTON (AP)

Cette découpure renvoyait aussi à la publication scientifique originale, où les deux chercheur exposent leur erreur avec force de détails :

The Cosmic Spectrum and the Color of the Universe
By Karl Glazebrook & Ivan Baldry

Bien sûr il ne faillait pas en rester là ! Il fallait bien rechercher une source information secondaire, dans le même ordre de date, de préférence, afin vérifier si ce n’était pas un canular.

Un article publié le 12 mars 2002, L’Univers victime de la Mode, revient sur ce problème et commente cette erreur d’interprétation aussi. Il est assez clair que cette question ne devrait plus se poser, en conséquence, et que ce débat presque futile peut être considéré comme clos.

Même en en cherchant cette expression ”vert du spectre cosmique” sur le Web, on s’aperçoit assez vite qu’elle est très peu utilisée, c’est en presque amusant! Ne nous posons plus cette question

COULEUR 2
La photographie des objets célestes

Un second aspect qui pourrait être examiné au sujet de la couleur de l’Univers ; toutes ces photographies d’objets célestes – étoiles, nébuleuses, galaxies – peuvent porter à confusion.

En parcourant un magnifique numéro hors série, et maintenant introuvable, de la revue Beaux-Arts, un propos de Jean Clair, commissaire général de l’exposition Cosmos apporte un éclairage différent à cette soi-disant erreur de Glazebrook et Baldry, rendant cette question sur le couleur de l’Univers un peu moins saugrenue :

Il suffit de regarder les images qui nous parviennent de la sonde Hubble. Ces immenses nuages de galaxies lointaines avec leurs couleurs extraordinaires ne sont, en fait, que de pures images virtuelles : les couleurs sont arbitraires, les formes sont remodelées .

JEAN CLAIR
Entretien avec Jean Clair
Beaux-Arts Magazine
Hors Série  Cosmos 1999

Pour démystifier l’usage de la couleur dans ce type de photographie, une section spéciale du site de Hubble – Behind the Picture – permet de mieux comprendre comment on peut réinterpréter la couleur des objets célestes.

Illustration : Adaptation personnelle de la représentation publiée dans l’article de Glazebrook & Baldrypar.

Édité le 1er novembre 2006

La méthode scientifique : La carte n'est pas le territoire

Parler de cosmologie, tenter de démystifier les structures de l'Univers, c'est tenter de sortir des ornières trop rigides de la pensée scientifique.
 
Cette citation est tout à fait éclairante, dans cette perspective.

«  La méthode scientifique de l'abstraction est très efficace et puissante, mais nous devons en payer le prix.
 
Tandis que nous définissons plus précisément nos systèmes conceptuels, que nous en traçons le profil et élaborons des relations de plus en plus rigoureuses, ils se détachent de plus en plus du monde réel.
 
Utilisant [..] l'image de la carte et du territoire, nous pourrions dire que le langage courant est une carte qui, étant donné son imprécision intrinsèque, possède une flexibilité telle qu'elle peut suivre la forme courbe, du territoire jusqu'à un certain degré.
 
Au fur et à mesure que nous le rendons plus rigoureux, cette flexibilité disparaît graduellement, et avec le langage mathématique, nous atteignons un point où les liens avec la réalité sont si ténus que la relation des symboles à notre expérience sensorielle n'est plus évidente.
 
C'est pourquoi nous devons adjoindre des interprétations verbales à nos modèles mathématiques et à nos théories, usant à nouveau de concepts qui peuvent être compris intuitivement, mimas qui sont légèrement ambigus et inexacts. »
 
Fritjof Capra
LE TAO DE LA PHYSIQUE
Tchou. Paris. 1979. Page 34.

Toutes nos constructions de l'esprit, toutes nos investigations scientifiques les plus avancées soient-elles ne sont qu'un baume sur nos illusions! La construction du roman de l'Univers doit toujours tenir compte des limites de nos perceptions!

Consulter la bibliothèque de signets sur ce thème

N'ajustez pas votre appareil!

 Aucun signal

Aucun signal, effectivement…  Il ne faut pas s’étonner pourtant, la semaine aura vu apparaître son cortège de découvertes et d’interrogations.

Le lecteur de nouvelles RSS parcourt chaque heure une cinquantairne de fils de nouvelles, retenant des centaines de dépêches qui peuvent parfois provoquer de l’étonnement.

Nous voilà donc au siècle du journal sur mesure, comme proclamait Alvin Toffler, dans son illustre essai Le choc du futur. En fouillant dans la bibliothèque, quel plaisir de dénicher ce passage tout à fait éclairant, écrit il y a donc plus de 25 ans :

« On peut déjà prévoir le jour où les livres, les revues, les journaux, les films et autres media seront, comme la Mustang, offerts au consommateur «sur mesure». C’est ainsi que Joseph Naughton, mathématicien et spécialiste des ordinateurs à l’Université de Pittsburgh, travaille sur un système qui garderait en mémoire le profil du consommateur, c’est-à-dire les données relatives à ses centres d’intérêt, dans une unité centrale. Les machines parcourraient alors les journaux, les revues, les bandes de magnétoscope, les films et autres matériaux pour les confronter au profil de l’individu et elles feraient immédiatement savoir à ce dernier s’il y avait quelque chose de susceptible de l’intéresser.»

ALVIN TOFFLER
Le choc du futur. Éditions Denoël – grand format – page 273.

Eh oui, on reconnaît ici le célèbre «cookie» qui infeste parfois nos ordinateurs personnels aujourd’hui, ou encore le fil RSS auquel on peut s’abonner. Et c'est parfois dans un de ces fils de nouvelles qu'on peut apprendre quelque chose de fort étonnant, au point que la neige sur notre téléviseur prend un sens différent… Lire la suite